Mise à jour le : 23 09 26
Récemment, j’ai acheté une petite coupelle ancienne en faïence. En l’observant et relevant certaines de ses caractéristiques : biscuit beige, glaçure bullée, décor bleu cobalt un peu baveux, j’ai cherché à me remémorer la technique employée pour créer ce type de décor. Il s’agit de la technique dite de décor sous couverte (ou sous glaçure).
Le décor sous couverte est l’une des techniques les plus anciennes de la céramique émaillée. Ce procédé consiste à peindre le motif directement sur le biscuit avant l’application de la glaçure transparente, puis de la cuisson finale. Il est apparu en Chine vers le IIIe siècle après J.C. et a été perfectionné au fil des siècles jusqu’à son apogée vers le XIIIe siècle.
La préparation du biscuit
La pièce est d’abord façonnée avec une pâte d’argile claire, puis laissée à sécher avant de subir une première cuisson autour de 900 à 1000 °C. Elle devient alors un biscuit, solide mais encore poreux. Cette porosité est essentielle car elle permet à la glaçure et aux pigments de bien s’ancrer dans la surface.
La peinture du décor
Le décorateur intervient sur le biscuit sec. Le bleu de cobalt fut, durant des siècles, le pigment le plus employé pour les décors sous couverte, car il supportait sans altération les températures élevées des cuissons de faïence et de porcelaine. Finement broyé et mélangé à de l’eau ou à un léger fondant, le pigment de couleur est appliqué au pinceau. Le geste doit être sûr car la surface poreuse absorbe immédiatement la couleur et rend tout repentir impossible. Le dessin paraît alors mat et terne. Ce n’est qu’après cuisson qu’il révélera tout son éclat.
L’application de la glaçure
Une glaçure transparente est ensuite déposée sur toute la surface, le plus souvent par trempage ou arrosage. Elle se compose de silice, d’oxydes fondants (plomb, alcalins) et parfois d’un peu de kaolin. En séchant, elle forme un voile poudreux qui enveloppe le décor et le prépare à la cuisson finale.
La cuisson et la fusion des couches
La seconde cuisson, à température comparable à la première, provoque la fusion de la glaçure : elle devient vitreuse et parfaitement transparente. Le bleu de cobalt, légèrement soluble, se diffuse dans cette matière fondue, créant le contour adouci et la légère « bavure » caractéristiques des faïences anciennes.
Au refroidissement, la glaçure se solidifie en un film lisse et brillant. Le décor est alors enfermé sous la couverte, protégé de l’usure et de l’humidité. Le bleu conserve ainsi tout son éclat au fil des décennies.
Un savoir-faire collectif
Ce procédé nécessitait une étroite collaboration entre différents métiers : façonneur, tourneur, décorateur et cuiseur. Chaque artisan devait adapter son geste à la composition de la pâte, à la qualité des pigments et au comportement du four. La moindre variation de température ou d’épaisseur de glaçure pouvait modifier la teinte, troubler la transparence ou provoquer des éclats.
