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Emmanuel Kant à l’épreuve du vide-grenier

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Chiner dans les vide-greniers pour la revente c’est être confronté en permanence à la question de l’esthétique des objets et plus particulièrement à la mocheté et au kitch. Je me demande ce que penserait Kant s’il venait à se promener dans un de nos nombreux déballages de particuliers, s’il voyait les monceaux de jouets et bibelots en plastique. Imaginez ! Kant n’a jamais vu de plastique, il faudrait lui expliquer, les USA, les puits de pétrole, la pétrochimie, l’essor de l’électroménager, la publicité… Je pense qu’il en aurait une syncope !


J’en reviens à me poser la question – éternel sujet du Bac –  le beau est-il une simple affaire de goût ? Parce que si on pense cela, alors tout se vaut, n’est-ce pas ? aussi bien l’œuvre créée par un artiste-peintre diplômé des Arts Décoratifs qui travaille tous les jours en déployant un immense savoir-faire, que l’objet décoratif produit à la chaîne, sans réel travail de finition ni recherche d’harmonie, avec des matériaux bas de gamme.

Critique de la faculté d’évaluer le beau et le moche

C’est une question complexe. C’est pour ça que des philosophes comme Kant s’en sont emparés. A lire : Critique de la faculté de juger ou un résumé du livre pour une prise de tête moindre…

 Si on réduit le beau à une simple question de goût de chacun, on tombe effectivement dans un relativisme où tout se vaut. Mais du coup, cela empêche de reconnaître la qualité d’une œuvre. Ce qui peut relever de l’injustice au regard du travail fourni par l’artiste.

Le philosophe Kant fait la différence entre le goût personnel, le plaisir qu’on ressent devant une œuvre, et le jugement esthétique, qui cherche à être universel. Pour Kant, le beau a une valeur commune à tous, même s’il n’obéit pas à des règles strictes qui seraient édictées par des experts…du bon goût.

Il y a donc une tension entre ce qu’on aime personnellement et ce qu’on reconnaît comme ayant une qualité particulière. Une œuvre peut être considérée comme belle, indépendamment des goûts de chacun, si elle montre une vraie maîtrise technique, une harmonie des formes, un choix soigné des matériaux. Cette reconnaissance repose sur une sensibilité affinée, mais pas forcément experte. Tout un chacun qui s’intéresse aux objets anciens peut apprécier la beauté d’un meuble Boulle ou d’une céramique Iznik, et pour autant ne pas avoir envie de les intégrer à son intérieur, parce que cela ne correspond pas à son goût.

Enrichir son regard pour apprécier encore plus

Connaître les techniques, les matériaux, les courants artistiques et le contexte dans lequel une œuvre a été créée permet de mieux en saisir la valeur. Cela aide à aller au-delà de la première impression – Il y  a trop de fioritures dans ce meuble baroque ! – et à apprécier l’œuvre dans toute sa complexité.

Quand un objet est fabriqué à la chaîne, il manque souvent ce travail de réflexion approfondie et de soin qui donne à une œuvre son caractère unique. L’émotion ressentie devant une œuvre bien réalisée peut être plus intense, plus riche, parce qu’elle révèle une intention, un savoir-faire, une attention aux détails.

Ainsi, repérer la technique, les références, l’intention de l’artiste, comprendre le travail et le contexte enrichissent le regard. La beauté peut toucher immédiatement, mais la connaissance permet de mieux comprendre ce qui la rend unique. Elle aide à distinguer la déco jetable pas chère qui envahie nos vide-greniers d’un véritable travail artistique ou artisanal.



Wikipédia : Céramique d’Iznik

Wikimeubles : Meuble Boulle