Le principe du décor des céramiques sous couverte

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Récemment, j’ai acheté une petite coupelle ancienne en faïence.

En l’observant et relevant certaines de ses caractéristiques : biscuit beige, glaçure bullée, décor bleu cobalt un peu baveux, j’ai cherché à me remémorer la technique employée pour créer ce type de décor. Il s’agit de la technique dite de glaçure sous couverte.

Voici quelques explications à son sujet.

Assiette ancienne en faïence à décor bleu cobalt sur fond blanc.
Assiette artisanale à décor sous couverte.

Le décor sous couverte est l’une des techniques les plus anciennes et les plus emblématiques de la céramique émaillée. Utilisé dès les porcelaines chinoises des dynasties Ming puis adopté par les faïenceries européennes, il consiste à peindre le motif directement sur le tesson cru ou sur le biscuit avant l’application de la glaçure transparente. Cette méthode exige une grande maîtrise : le décorateur ne découvre le résultat qu’après la cuisson finale.


La préparation du biscuit

La pièce est d’abord façonnée dans une pâte d’argile claire, puis laissée à sécher avant de subir une première cuisson autour de 900 à 1000 °C. Elle devient alors un biscuit, solide mais encore poreux. Cette porosité est essentielle : elle permet à la glaçure et aux pigments de bien s’ancrer dans la surface.


La peinture du décor

Le décorateur intervient sur le biscuit sec. Le bleu de cobalt fut, durant des siècles, le pigment le plus employé pour les décors sous couverte, car il supportait sans altération les températures élevées des cuissons de faïence et de porcelaine. Finement broyé et mélangé à de l’eau ou à un léger fondant, il est appliqué au pinceau. Le geste doit être sûr : la surface poreuse absorbe immédiatement la couleur, rendant tout repentir impossible. Le dessin paraît alors mat et terne ; ce n’est qu’après cuisson qu’il révélera toute sa profondeur.


L’application de la glaçure

Une glaçure transparente est ensuite déposée sur toute la surface, souvent par trempage ou arrosage. Elle se compose de silice, d’oxydes fondants (plomb, étain, alcalins) et parfois d’un peu d’argile blanche. En séchant, elle forme un voile poudreux qui enveloppe le décor et le prépare à la cuisson finale.


La cuisson et la fusion des couches

La seconde cuisson, à température comparable à la première, provoque la fusion de la glaçure : elle devient vitreuse et parfaitement transparente. Le bleu de cobalt, légèrement soluble, se diffuse dans cette matière fondue, créant le contour adouci et la légère « bavure » caractéristiques des faïences anciennes. Ce phénomène donne aux pièces leur charme et leur profondeur de ton.


Le résultat final

Au refroidissement, la glaçure se solidifie en un film lisse et brillant. Le décor est alors enfermé sous la couverte, protégé de l’usure et de l’humidité. Le bleu conserve ainsi tout son éclat au fil des décennies.


Un savoir-faire collectif

Ce procédé nécessitait une étroite collaboration entre artisans : tourneur, décorateur, glazeur et cuiseur. Chacun devait adapter son geste à la composition de la pâte, à la qualité des pigments et au comportement du four. La moindre variation de température ou d’épaisseur de glaçure pouvait modifier la teinte, troubler la transparence ou provoquer des éclats.

Ainsi, le décor sous couverte est le résultat d’un équilibre subtil entre technique et sensibilité artistique. Il unit la rigueur du travail d’atelier à la part d’imprévisible de la cuisson, donnant à chaque faïence ancienne son caractère unique.