Quand on chine de l’ancien, on est amenés, un jour ou l’autre, à rencontrer ces objets appelés communément opalines. Les opalines se reconnaissent souvent à leur aspect velouté. Quand on n’est pas connaisseurs, on peut facilement les confondre avec des faïences ou porcelaines. En réalité, elles sont fabriquées à partir de verre.
L’histoire de ces objets en verre commence au XVIe siècle, en Italie. Les verriers de Venise fabriquent du lattimo, un verre blanc et opaque. Ils cherchent notamment à imiter l’apparence de la porcelaine chinoise, très recherchée en Europe. La porcelaine est alors connue, mais les Européens ne maîtrisent pas encore les techniques permettant de fabriquer la véritable porcelaine dure (ils n’ont pas encore découvert le fameux kaolin, élément de base de la porcelaine).
De quelle manière rend-on le verre blanc ? Pour cela, il faut modifier sa composition avec des substances opacifiantes. Celles-ci forment de minuscules particules dans la matière qui dispersent la lumière au lieu de la laisser traverser directement le verre. Le matériau devient alors blanc, laiteux ou légèrement translucide, plutôt que transparent.
En France, les productions de verres opalins se développent surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle et prennent une grande importance au XIXe siècle. Des manufactures comme Baccarat, Saint-Louis ou Le Creusot fabriquent alors de nombreux objets en verre opalin, parfois désignés comme des « cristaux opales ». Les techniques permettent d’obtenir des blancs plus ou moins opaques, mais aussi toute une gamme de couleurs.
L’une des productions les plus caractéristiques est l’« opaline savonneuse », ainsi appelée en raison de son aspect blanc, doux et légèrement satiné qui rappelle celui du savon. D’autres opalines sont bleues, vertes, jaunes ou roses. Le fameux « gorge-de-pigeon », aux reflets rose violacé, est notamment associé aux opalines françaises du XIXe siècle.
L’opaline sert à fabriquer des objets très variés : vases et coupes décoratives, mais aussi flacons, boîtes, bonbonnières, sucriers, objets de toilette ou accessoires destinés à la table. Un même objet peut d’ailleurs être à la fois utilitaire et décoratif : un flacon sert à contenir du parfum, mais sa forme, sa couleur et son décor en font également un objet précieux.
Au XIXe siècle, l’opaline accompagne ainsi le développement des arts décoratifs. Les progrès techniques permettent de produire des objets aux formes et aux couleurs toujours plus variées, tandis que certaines pièces restent des objets de luxe destinés aux intérieurs bourgeois. Cette diversité explique la place particulière des opalines parmi les objets anciens : derrière un simple vase ou un petit flacon se trouve l’histoire d’un matériau situé entre le verre utilitaire et l’objet d’art.
Quelques objets fabriqués en opaline




