Lorsque je chine sur les brocantes ou vide-greniers, j’essaie de repérer, entre autres objets ethniques, les objets africains dont j’aime particulièrement l’esthétique et la variété.
Mes achats successifs de masques, statuettes, petits mobiliers, objets cultuels, poteries, objets en bronze, bijoux m’ont conduite à faire des recherches régulières pour identifier ces objets au mieux. J’ai fini par me rendre compte qu’ils provenaient majoritairement d’Afrique de l’Ouest et me suis demandée quelles en étaient les raisons ? Je vous partage donc le fruit de mes recherches à ce sujet.
La période coloniale
La France a exercé une forte influence coloniale en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée, Bénin, etc.), ce qui a facilité la circulation des objets entre ces régions et la France. Pendant la période coloniale, les administrateurs, missionnaires, militaires et commerçants français ont rapporté de nombreux objets artisanaux, qu’ils considéraient comme des souvenirs, des curiosités ou des pièces ethnographiques.
Les communautés africaines en France
L’Afrique de l’Ouest a été une source majeure d’immigration vers la France, notamment après la Seconde Guerre mondiale. Les familles issues de ces communautés ont parfois revendu ou dispersé des objets artisanaux au fil du temps, ce qui alimente le marché de l’occasion.
L’intérêt ancien pour l’art et l’artisanat ouest-africains
Contrairement à une idée répandue, l’intérêt européen pour l’art et l’artisanat africains ne date pas seulement du XXe siècle.
- Dès la Renaissance (XVe-XVIe siècles) : les cabinets de curiosités
Avec les premières grandes explorations portugaises et françaises le long des côtes africaines (Golfe de Guinée, Sénégal, Bénin, etc.), des objets africains ont commencé à arriver en Europe. Ils n’étaient pas toujours perçus comme des œuvres d’art, mais plutôt comme des curiosités exotiques. Les ivoires afro-portugais et les bronzes du Bénin en sont des exemples marquants. - XVIIe-XVIIIe siècles : le commerce triangulaire et les missions
Avec l’intensification du commerce maritime, des objets artisanaux ont continué d’arriver en France, souvent rapportés par des missionnaires, des négociants ou des administrateurs coloniaux. Certains objets ont été collectés par simple curiosité, d’autres ont été ramenés comme preuves des « coutumes locales » pour des études ethnographiques naissantes. - XIXe siècle : la colonisation et les premières collections ethnographiques
Avec l’expansion coloniale, notamment après la Conférence de Berlin (1884-1885), la France s’est profondément implantée en Afrique de l’Ouest. Cela a entraîné une collecte massive d’objets artisanaux et rituels, souvent de manière forcée (pillages, spoliations). Les musées d’ethnographie, comme le musée du Trocadéro (fondé en 1878 à Paris), ont commencé à exposer ces objets non plus comme des curiosités, mais comme des témoignages des cultures africaines. C’est dans ce contexte que des missionnaires, militaires et explorateurs français ont ramené en masse des masques, sculptures et textiles ouest-africains. - XXe siècle : reconnaissance de l’art africain par les artistes européens
À partir des années 1900-1910, des artistes occidentaux comme Picasso, Matisse et Derain ont commencé à percevoir ces objets non plus comme de simples curiosités ethnographiques, mais comme des œuvres d’art à part entière. Cet engouement a mené à l’intégration de l’art africain dans le marché de l’art et les collections privées.
L’accessibilité de cette région
L’Afrique de l’Ouest a longtemps été un point d’entrée privilégié pour les échanges entre l’Europe et l’Afrique, en raison des ports stratégiques comme Dakar ou Abidjan. Ces routes commerciales ont favorisé l’exportation d’objets artisanaux.
Un artisanat destiné à l’exportation
Certains pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Mali ou la Côte d’Ivoire, ont développé un artisanat destiné à l’exportation bien avant d’autres régions. Les bronzes du Bénin, les sculptures dogons, les tissus bogolans ou les masques baoulés ont ainsi été massivement exportés en France.
La forte présence de l’artisanat ouest-africain dans les brocantes françaises est donc le résultat d’une combinaison d’histoire coloniale, de réseaux commerciaux, d’un attrait artistique et scientifique ancien et de la présence de communautés ouest-africaines en France.






